Marine FAU

Je me souviens du premier regard. Elle m'étudiait, cherchant à me mettre à nu et moi j'étais cette proie, paralysé par ses yeux.


Chasseuse, elle parcourt les terres urbaines se nourrissant des reflets dans le regard des gens. Elle capture et collectionne, collecte et perfectionne. Elle attire d'abord l'animal sous les projecteurs, l'amadoue dans son environnement, gagne sa confiance. Elle le veut au naturel.


Mon instinct de survie s'éveille. Je vois son mur de trophées, tant de visages emprisonnés dans cette cage en gélatine et de papier. Je me dois de fuir.


Elle connaît les parades de séduction, elle est rodée aux techniques de camouflage et aux tenues d'apparat. Inutile de se cacher d'elle, elle vous trouvera. Elle mettra en lumière ce que vous enfouissez dans votre pénombre personnelle. Votre peau, vos cicatrices sont belles à ses yeux et sous son objectif.


Qu'est-ce que je vois dans ses images ? Pourquoi m'attirent-elles ? Je les sens en vie, je lis leurs histoires, je ressens leurs fureurs de vivre.


Elle n'est pas dupe mais elle sait vous tromper. Elle cache derrière les courbes féminines, les traits masculins, derrière les parfums d'une extase fraîchement révolue ou une souffrance superficielle, elle cache la passion, l'envie, la vie. Elle donne le goût de désirer, de crier, de sourire, de questionner.


Je comprends pourquoi elle m'a entraîné ici. Elle me pousse à faire face à ses cadres qui sont autant de miroirs qui me font réfléchir. Elle me fait voyager entre l'encre de seiche et le blanc calcique.

 

Elle range son appareil, la chasse est finie. Elle laisse s'échapper sa proie qui étrangement se sent plus libre que jamais. Elle est fière d'elle car sa tactique a encore marché. Jamais la proie n'a été au piège, c'est vous qui êtes à présent en cage, envouté par ses clichés. Et tout comme ses modèles capturés, vous quitterez ces lieux, plus libre que jamais.

 

J'ai fui, je ne l'ai pas laissée m'attraper. Depuis je ne l'ai jamais revue. Je m'éloigne en me disant que j'ai laissé parler ma peur, manqué ma chance d'être sur ses murs et d'être vivant...

 

Cyril CONFORTI.